Pourquoi la question se pose maintenant
Jusqu'ici, les heures creuses étaient une affaire réglée : on les avait ou on ne les avait pas, et on n'y pensait plus. C'est fini. Les plages horaires sont en train de changer pour la quasi-totalité des foyers français, et le calcul que vous aviez fait il y a cinq ans ne tient plus.
Une première vague a concerné 1,7 million de clients à partir du 1er novembre 2025. Une seconde, dix fois plus large, touche 9,3 millions de foyers entre le second semestre 2026 et octobre 2027. Sur les 14,5 millions d'abonnés en option heures pleines / heures creuses, 3,5 millions ont déjà des horaires conformes et ne bougeront pas.
Vous n'avez aucune démarche à faire : la bascule se pilote à distance par le compteur Linky, sans changement de contrat ni intervention. Votre fournisseur doit vous prévenir au moins un mois avant. Mais le jour où vos plages changent, votre pourcentage de consommation déplaçable change avec elles — et c'est précisément ce qui décide si l'option reste rentable.
Le principe, en deux phrases
L'option heures creuses vous donne 8 heures par jour à tarif réduit, et vous fait payer les 16 autres plus cher qu'en option Base. Vous ne gagnez donc que si vous déplacez assez de consommation vers ces 8 heures pour compenser le surcoût du reste de la journée.
C'est tout. Il n'y a pas de piège, pas de frais caché : il y a un seuil, et vous êtes au-dessus ou en dessous. Le simulateur ci-dessus calcule le vôtre à partir de vos propres chiffres. D'autres calculateurs du même genre sont rassemblés sur la page d'accueil.
Vos plages ne se choisissent pas
C'est le malentendu le plus répandu. Les heures creuses sont attribuées par le gestionnaire de réseau en fonction de la contrainte locale, pas de votre mode de vie. Vous ne pouvez ni les négocier, ni les déplacer, ni en changer en changeant de fournisseur.
La nouvelle répartition suit la production solaire. Elle comprend au moins 5 heures consécutives la nuit, entre 23 h et 7 h, complétées par un bloc pouvant aller jusqu'à 3 heures l'après-midi, entre 11 h et 17 h. Les anciens créneaux du matin (7 h – 11 h) et du début de soirée (17 h – 23 h) disparaissent progressivement.
Autre nouveauté : la répartition devient saisonnière. Du 1er avril au 31 octobre, une partie des heures creuses bascule l'après-midi. Du 1er novembre au 31 mars, les 8 heures peuvent être regroupées la nuit.
Cette tranche d'après-midi est une bonne nouvelle pour qui est chez soi en journée, et une mauvaise pour qui travaille à l'extérieur : 3 des 8 heures tombent alors pendant que le logement est vide. Si c'est votre cas, refaites le calcul — l'option peut être devenue perdante sans que rien n'ait changé chez vous.
Ce que vous pouvez vraiment décaler
Le pourcentage déplaçable est la seule variable qui compte, et c'est celle que tout le monde surestime. Un ordre d'idée appareil par appareil :
Le ballon d'eau chaude électrique est le pilier. Entre 1 500 et 2 500 kWh par an, déplaçables intégralement, et sans effort : le contacteur jour/nuit s'en charge seul et suivra automatiquement les nouveaux horaires. À lui seul, il fait souvent basculer le calcul.
La recharge d'un véhicule électrique est le second pilier, autour de 2 000 kWh par an, entièrement programmable.
Le chauffage dépend entièrement de l'inertie. Une pompe à chaleur sur plancher chauffant peut décaler une bonne moitié de sa consommation : la dalle emmagasine la chaleur la nuit et la restitue dans la journée. La même pompe à chaleur sur des radiateurs ne décale presque rien, parce qu'il n'y a rien pour stocker. C'est la différence la plus mal comprise, et elle vaut plusieurs centaines d'euros par an.
Le gros électroménager compte peu. Lave-linge, lave-vaisselle et sèche-linge réunis dépassent rarement 600 kWh par an. Les programmer est utile, mais ne renversera jamais un calcul à lui seul.
Tout le reste ne se déplace pas : éclairage, réfrigérateur, box internet, cuisson, veilles. C'est votre socle incompressible en heures pleines, et c'est lui qui fixe la limite haute de ce que vous pouvez espérer.
Trois erreurs qui annulent le gain
Programmer sans vérifier ses plages réelles. Un lave-linge lancé à 22 h alors que les heures creuses commencent à 23 h tourne intégralement au tarif fort. Relevez vos horaires exacts sur votre facture ou dans votre espace client avant de régler quoi que ce soit — surtout si vous venez d'être basculé.
Oublier les appareils à horloge interne. Le ballon relié au contacteur suit tout seul. En revanche, borne de recharge, chauffe-eau à horloge, radiateurs programmables et pompe à chaleur gardent leurs anciens réglages : il faut les reprendre un par un après une bascule.
Raisonner en pourcentage de facture plutôt qu'en kWh. Le seuil se calcule sur l'énergie consommée, pas sur l'argent dépensé. Les deux ne coïncident pas, puisque le kWh n'a justement pas le même prix selon l'heure.
Questions fréquentes
Peut-on revenir à l'option Base ?
Oui, le changement d'option est gratuit chez votre fournisseur et ne demande aucune intervention sur le compteur. Si le simulateur vous indique que l'option Base est moins chère, le passage ne vous coûte rien.
Faut-il changer de fournisseur pour avoir les heures creuses ?
Non. L'option existe chez pratiquement tous les fournisseurs, et vos plages horaires resteront les mêmes puisqu'elles sont fixées par le réseau, pas par le vendeur.
Les heures creuses sont-elles les mêmes partout en France ?
Non. Elles dépendent de la contrainte locale du réseau et varient d'une commune à l'autre, parfois d'une rue à l'autre. C'est pour cette raison qu'aucun simulateur ne peut les deviner à votre place.
Mon ballon d'eau chaude chauffe-t-il automatiquement en heures creuses ?
S'il est raccordé à un contacteur jour/nuit, oui, et il suivra seul les nouveaux horaires. Beaucoup d'installations ont pourtant le contacteur en position « marche forcée » permanente, ce qui annule tout l'intérêt. Vérifiez la position du petit interrupteur sur votre tableau électrique : il doit être sur « auto ».
Le simulateur tient-il compte des hausses de tarif ?
Non, il calcule sur les prix que vous saisissez. C'est volontaire : les tarifs évoluent plusieurs fois par an, et un calcul fondé sur vos prix réels du moment vaut mieux qu'une projection. Refaites-le après chaque révision.
Sources
Les chiffres de cette page sont vérifiables à la source :
Commission de régulation de l'énergie — les décisions qui encadrent les plages d'heures creuses et leur calendrier de déploiement.
Service-public.fr — les règles applicables aux contrats et options tarifaires d'électricité.
EDF — Tarif Bleu — le barème réglementé en vigueur, à vérifier avant chaque calcul.